Fabuleuse 1.2

Fabuleuse 1.2

Dans la boîte du scénario Prise 6

Clac ! Clac ! Clac ! Clac !

Je suis seule dans le couloir ! Un petit pas de flamenco sur le parquet. Je me sens fabuleuse !

Clac ! Clac ! PaclacClac ! Clac ! Paclac ! Pacclac ! Clac ! Clac ! Clac ! clac !

 

-Bon matin Madame, 4 fausses urgences et un rendez-vous dans la salle de conférence.

Il me regarde en souriant calmement. Il me regarde dans les yeux, je le regarde dans les yeux, on se voit. Henri est probablement le meilleur adjoint que je n’aie jamais eu et de loin le plus audacieux du bureau. Il est brave, intelligent, sensible, courtois mais direct, efficace. Le jour de son entrevue, il portait un jeans troué de marque, une chemise style fripé, ses cheveux mi courts avaient l’air long et de longues mèches ébouriffées lui façonnaient un visage de rebelle angélique. Ses yeux souriaient tout naturellement, il m’a raconté son dernier voyage, la peine d’amour et ses études inachevées, je l’ai embauché pour tout ça

-Merci Henri ! Bien dormi ? Je suis passée chez Marco, je t’ai apporté un espresso, des fruits du marché, fromages de chèvres et jambon blanc, tomates et basilic pour le lunch ! Pas mal han ? C’est à ton tour de préparer les assiettes ce midi ! À tout à l’heure !

En marchant, je pense à mon mari qui baisse les yeux quand je lui parle, qui détourne le regard quand je lui pose une question et qui regarde ailleurs pour me cacher sa pensée. Il me regarde rarement dans les yeux. La chaleur humaine, la tendresse, l’intimité, les petits plaisirs de la vie ne font pas partie de son registre. Ce n’est pas sa force. Je souris en me disant que nous vivons peut-être un genre d’autisme conjugal. La Fouine pense que je lui souris, elle en profite pour me demander quelque chose. Je baisse les yeux,  j’accélère, je détourne mon regard vers l’entrée de mon aquarium et d’un coup de hanche discret je me donne un petit élan, je pivote sur la plante de mon pied et… la porte est fermée !

Au ralenti…

Le bruit sourd de mon corps rebondissant vers l’arrière, mon regard se fixe sur la tasse de café presque pleine que je suis résolue à sauver. Je tends mon bras vers l’avant, je sens du café chaud sur mon sein gauche, mon coude crie Touch Down ! La tasse est encore à moitié pleine, tout n’est pas perdu. La Fouine sur mes traces me regarde d’en haut, son visage crispé retient toutes formes de sons, elle est victime d’un fou rire légendaire et incontrôlable. Nos yeux se croisent…inutile de résister, nous en pleurons de rire, Henri nous demande des explications et nous sommes déjà trois ! Il n’est pas encore 10h00. C’est l’effet fabuleuse.

Fabuleuse 1.1

Fabuleuse 1.1

Dans la boîte du scénario Prise 5

SNOOZE! Je ne suis pas brisée. Je ne suis pas défectueuse. Je n’ai pas besoin d’être sauvée par une grenouille ou un prince charmé. Même si je mène une vie tracée en ligne droite, sans décider réellement, ça ne fait pas de moi une victime. Ça s’explique mal, c’est tout. Je me dis que je flâne dans mon lit, ça me paraît plus fonctionnel. En fait, je me sens vidée de sens,  désorientée et lourde de non-sens, de contradictions, de paradoxes, de fausses vérités.

Voilà ce qui se passe : ça change d’idée. Je dérange, je me dérange, ça dérange.  Ça déplace le champ de vision. Je suis paralysée au fond de mon lit. L’inertie me berce. Le plafond m’inspire, j’ai envie de rester là. Je veux attendre que d’autre chose se manifeste, mais pas n’importe quoi, ni à n’importe quel prix. Récapitulons.

N’importe quoi je connais, c’est ce qui se referme en étau sur mon cœur, n’importe quoi se résume à une existence par laquelle je m’absente. N’importe quoi est devenu le syndrome de peu m’importe. Poussée par le vent, par les événements, petit-à-petit j’ai rejeté la responsabilité de mes désirs. J’ai répété inlassablement que tout était parfait, que tout se déroulait incontestablement tel que convenu selon les astres, les dieux, l’univers ou la grande physique quantique.

L’ordre de toutes choses. Le Statu Quo. Ce concept néo-fataliste pseudo spirituel m’exclut de la grande équation universelle. J’y suis neutralisée. En m’abandonnant à cette idée, je me suis laissée tomber. Je me disais que tout comme un oiseau migrateur, je pouvais me laisser guider par les courants magnétiques de la planète. Mais voilà, je ne suis pas un oiseau migrateur, c’est un mensonge auquel je ne crois plus.

J’ai cessé de rêver par peur de m’éveiller dans une peau toute neuve, tatouée d’appétits pour la vie. Ce matin, j’ai soif de lumière, de temps, de sourires, d’éclats de rires, de têtes dépeignées, de pieds nus; j’ai envie de longs soupirs de joie, de larmes d’extase, de jeux, de vélos, de menues victoires quotidiennes. De tendresse. De proximité. D’intimité. D’amitiés

Snooze! Une vie fabuleuse se dessine devant mes yeux grands ouverts.  Je peux recommencer à croire qu’il est possible de jouir de la vie…

Merde! Je suis en retard. Je saute du lit, je crie du haut de l’escalier :

– Mari! Époux chéri! Peux-tu aller mener les enfants à l’école? Oui, je sais, la 2e fois cette semaine…oui, à ce soir ? N’oublies pas le soccer ce soir…18h00, parc des Fauvettes…oui c’est ça!  Je vous y retrouve!

Je glisse sur mon lit comme un joueur de Baseball qui vole un but.  J’atterris devant le placard; je cherche des yeux la couleur du jour…Fabuleuse!