L’estime de quoi  ? –  Le scénario

L’estime de quoi ? – Le scénario

Changer l’estime de quoi ? – Fabuleuse 1.2v2

Maintenant je n’ai pas envie de rentrer à la maison, j’ai mal au coude, je veux m’asseoir dans un 5 à 7, jouer la divine improbable, sentir un regard furtif se détacher de mon dos. Je n’ai pas envie de passer les chercher au service de garde, pas envie de leur donner le support inconditionnel de la Mère Toute Maman, pas envie. Je ne veux pas travailler demain, je ne veux pas me lever non plus, je ne veux plus marcher dans mes souliers.

La voiture derrière est tellement proche que je peux voir les poils de nez du conducteur. Et si je freinais distraitement, juste pour mettre un peu de piquant d’étincelles dans l’hypnotique couloir du métro-boulot-peu de dodo. Et si je m’énervais pour quelque chose d’inutile ça serait distrayant ! Ça changerait mon humeur !  Si j’étais moins patiente, accueillante, moins tolérante, moins parfaite et, si je m’en foutais un peu plus souvent ?

Il se fouille dans le nez en m’envoyant un petit coup de klaxon, il se croit invisible ma foi. Je lui concocte un regard souriant dans le rétroviseur, du geste de la main je lui demande de garder un peu plus de distance entre sa rutilante de l’année et mon bolide démodé. Il me fait signe d’avancer, je lui offre des mouchoirs. Le moteur tourne, mon bolide est au neutre, j’attends, je laisse l’espace se créer. La voiture en avant de moi a repris de l’avance. Je pourrais sortir de la voiture faire un scandale, lui offrir des mouchoirs en personne, faire une scène digne des faits divers de la fin du téléjournal.

Je passe en première, je roule doucement et je laisse Gros Poil de Nez s’énerver. Je change l’angle de mon rétroviseur, ses phares antibrouillards ne m’aveuglent plus. Il peut se fouiller dans le nez tant qu’il veut ! Aujourd’hui, ce serait le jour de l’épicerie avec ces longues allées de produits cancérigènes aux couleurs attrayantes et menteuses. Dommage que les agents de préservation n’empêchent pas notre peau de rider. Tiens, je n’ai pas fait de liste, je ne fais pas souvent de liste mais chaque fois que je me fais la remarque, je m’estime désorganisée.

J’ai envie d’arrêter de m’empoisonner mais tout le monde dit que le biologique est inabordable. Pourtant si j’avais à choisir entre une automobile de l’année comme celle de Gros Poil de Nez ou de manger mieux, mon choix est facile. Les enfants seraient peut-être moins exténuants, moins de sucre, meilleure digestion, moins stressés, moins hyperactifs ; je devrais commencer un de ces quatre.

Je n’ai pas envie de faire le lavage, de trier le linge, de plier des vêtements, de les serrer, de repasser ceci cela; je n’ai absolument pas envie de cuisiner, de faire la vaisselle, de balayer la cuisine après le repas. Je n’ai ni envie de dire oui, encore moins de dire non.

J’ai envie d’avoir un prénom personnel. Je veux sortir de l’anonymat  impersonnel du prénom: Maman. Je me sens comme un antibiotique générique, une copie efficace et accessible. Je me sens comme un stéréotype délavé sur une publicité des années cinquante.

J’estime que la loupe grossissante de mes pensées colorent ma réalité de laideur extrême. Je sais que c’est un effet secondaire de quelque chose:

  1. POP psychologie :  d’un manque d’estime temporaire ?
  2. Psychanalyse 101:  distorsion de l’amour maternel ?
  3. Behaviorisme 101:  croyance d’inadéquation construite à partir d’un environnement hostile de développement
  4. Changer l’estime de quoi ?

J’ai besoin de me sentir fabuleuse dans cette vie aussi. Je me demande comment je peux tout changer sans tout casser. Un coup d’œil dans le rétroviseur et je me dis à voix haute:

  • Pour changer ta vie il faut réellement que tu choisisses la vie que tu mènes.

Réellement ! Choisir, c’est décider, décider c’est agir. Agir réellement c’est quoi au juste. ! On agit ou on n’agit pas, non ?

  • Réellement comme dans la réalité petite sœur, comme y rêver, y croire, décider, changer d’idée et agir.

Petite sœur ! Je me souris. On deviendra peut-être des amies après tout. J’arrive au service de garde.  Des enfants grimpent dans les sièges sécuritaires, il ne manque que les casques obligatoires pour en faire des copilotes de Formule 2000. D’autres  ressemblent à des cerfs-volants derrière leurs parents stressés qui traînent leurs petits trésors à grand pas de temps perdu.

Je me demande quel est mon style de cueillette et livraison. Mais en m’observant je vais fort probablement vouloir faire mieux pour avoir une meilleure note. Oui c’est vrai, une meilleure note mais dans mon style. C’est peut-être pas une si mauvaise idée que ça finalement. Allez Hop ! Hop!  c’est reparti pour un tour de piste!