Le miroir de Hebdo Charlie.

Le miroir de Hebdo Charlie.

Que voit-on dans le miroir de Hebdo Charlie et dans celui de la Mosquée de Québec?

Il est difficile de croire qu’au 21e siècle, certains d’entre nous choisissent de justifier des actes de violence innommable au nom de Dieu. Malheureusement, l’histoire de notre humanité regorge de cette propension à personnifier Dieu ou à se prendre pour un dieu. Ce n’est ni récent, ni moderne disons. De tout temps, l’humanité a traversé des périodes noires de barbarisme et de violence morale religieuse. Avons-nous compris?  Dans le miroir de hebdo Charlie, nous pouvons voir que notre liberté est un devoir dans la mesure où nous la cultivons pour tous et chacun.

Aliénation et déraillement religieux.

À l’époque féodale, les royautés et seigneurs s’octroyaient les pouvoirs d’une autorité divine absolue. Ils s’autorisaient à tuer au nom de Dieu, en fait les plus fanatiques se disaient même d’origine divine. Ce pouvoir se transmettait par le sang via une lignée généalogique patriarcale. Cette stratégie préservait le pouvoir et la richesse au sein de certaines familles seulement. Du Vatican à la noblesse, ce modèle hiérarchique omettait les droits fondamentaux de tous les autres humains, considérés beaucoup plus comme des esclaves que comme des pairs, voire des humains.

Un autre exemple, durant la grande réforme en Europe, la religion du Vatican encourageait la dénonciation des hommes et des femmes soupçonnés de pécher par leurs intentions; l’Église les pourchassait, les condamnait et les châtiait. La promiscuité des désirs étaient interdites.

La volonté de contrôle absolue de cette institution ne se limitait pas aux actes, elle incriminait une pensée, un doute. Ce ne sont que deux exemples historiques parmi une liste exhaustive de violence perpétrée par des humains envers des humains au nom d’une religion ou d’une autre.  À ce jour, personne ne peut se targuer d’être né à l’abri d’une telle aliénation, d’une telle violence morale.

Une conception spirituelle plutôt que religieuse.

Comment se fait-il que malgré plus de 35 000 ans de civilisations humaines connues, nous nous accrochions encore à une conception culturelle de Dieu plutôt qu’à une spiritualité universelle créatrice et bienveillante. De l’intérieur, nous sommes tous semblables et identiques même en tenant compte de nos pratiques culturelles, de nos magnifiques différences, de nos étonnantes visions du monde.

Je me demande comment la coopération est devenue un acte obsolète? Comment en sommes-nous arrivés à oublier notre unité ? Notre engagement à l’égard de la vie? Comment en sommes-nous arrivés à croire que nous sommes tous si différents les uns des autres?

Le miroir de Hebdo Charlie

Voilà, je vais répéter des évidences. Nous choisissons de dénier notre humanité parce que notre motivation n’est pas d’établir une paix durable.  Je pense à une paix  irréversible en tant que mode de vie principal. Une humanité harmonieuse dépend de notre capacité d’acceptation des autres dans notre imaginaire: notre existence ne se déroule pratiquement jamais selon nos prévisions.  En réalité nous contrôlons parfois nos intentions, pas vraiment nos émotions et nous contrôlons en principe ce que nous décidons d’en faire, c’est à peu près tout. C’est comme ça pour tous les humains de cette planète. Ce sont des conditions universelles.

La violence est un pléonasme.

La violence n’est pas un élément génétique héréditaire. Cette manière de communiquer résulte toujours en conflits et en souffrances beaucoup plus graves que la mésentente de départ. Les agressions morales sont une forme de violence. L’agressivité passive est une forme de violence. Une attitude belligérante est déjà une forme de violence. La violence continue d’être un outil efficace parce qu’il oblige les victimes à valider la présence des auteurs de crimes et de violence. Les actes violents forcent un ensemble de personnes à reconnaître l’importance d’un autre groupe de personnes.

Tenir compte des limitations des autres est une marque de respect. Le respect, la compassion, l’empathie et la bienveillance sont des valeurs essentielles à notre compréhension de soi et de l’autre. Ces valeurs atténuent notre jugement des autres et nous donnent à voir nos similitudes. La vue de nos similitudes enclenche la possibilité d’un dialogue, d’une conversation à propos de notre incompréhension.

La paix n’est pas un paradoxe.

Nous savons tout ça. Il est impératif d’agir conséquemment. Les guerres, la famine, l’environnement, les frontières fermées, la colonisation, le non respect des cultures et les confrontations de pouvoir sous toutes ses formes nous mènent absolument nulle part.   Nous avons déjà essayé toutes ces avenues et elles ne fonctionnent pas. Nous tournons en rond.

Autre exemple, la militarisation pacifique est un paradoxe inefficace. Elle engendre la peur et une atmosphère de reproches, de blâmes, de suspicions et de mensonges. Nous le savons.  En se fondant sur l’expérience de la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud, nous pouvons concevoir une paix universelle. Elle aura lieu lorsque nous aurons reconnu nos défaillances, nos échecs, nos succès et nos torts. Nous devons choisir la vérité et cesser de jouir des faiblesses des uns et des vulnérabilités des autres.

Le pardon exige de l’honnêteté, du courage et de la bravoure quotidienne pour tout le monde.

Au 21e siècle, nous pouvons décider de coopérer et de résoudre nos conflits intérieurs et culturels. Nous avons peur d’être blâmés, reconnus, vus, entendus, jugés, mal interprétés, diffamés. Mine de rien, de temps à autre, nous nous sentons honteux de baisser les yeux, de tourner le regard, de faire semblant que tout ceci ne nous concerne pas. Les événements de Hebdo Charlie et de la Mosquée de Québec nous renvoient  à une indifférence malsaine dont nous sommes le reflet.

Le miroir ne reflète pas l’image d’une autre personne. Sommes-nous atteints d’une impuissance chronique?  D’une névrose irréversible? Nous perpétuons une illusion de séparation et d’isolement, de supériorité, de nonchalance. Comme s’il nous était impossible de changer d’idée à propos de nous et des autres. Comme s’il s’agissait d’une fatalité,  Et c’est faux. La violence n’est pas une évolution, les dogmes religieux non plus. La liberté ne peut pas se trouver en pointant des coupables ou en oubliant notre propre histoire. Nous sommes l’humanité, nous sommes eux, ils sont nous, nous sommes Nous.

Osez la paix.

Dieu est-il un freak contrôlant? Un workaholic? Un dictateur?

Dieu est-il un freak contrôlant? Un workaholic? Un dictateur?

J’ai rencontré un bon ami la semaine dernière. Habituellement, nous partageons une vision commune de la spiritualité.  Nous reconnaissons une source de vie plus grande que nous et notre foi s’exprime de manière non-religieuse. Je crois que nous sommes connectés à un réseau d’énergies et de possibilités disponibles partout, en tout temps, tout autour de nous. Dans mon monde spirituel, je laisse Dieu être.

Mais la semaine dernière, Timothy était déconnecté de tout cela. La désillusion était devenue le principal moteur de ses pensées.  J’ai écouté sans acquiescer et assez rapidement, j’ai cessé d’essayer de le ramener à la raison, c’est-à-dire à lui-même. Il avait simplement besoin de ventiler sa déception. Timothy est en colère contre l’humanité et il retourne sa rage contre Dieu. Je sais ce que c’est, je me suis déjà sentie comme ça. L’impuissance me rend habituellement furieuse. J’ai donc écouté et pratiqué la bienveillance au mieux de mes capacités. Je lui ai posé des questions et je me suis rappelé d’être une amie avant toute chose.

Même après plusieurs jours, notre conversation me trotte dans la tête. Timothy s’est tellement senti  trompé, trahi et abandonné qu’il a décidé de nier l’existence de Dieu.  Verrouillé et chargé à bloc sur cette solution, il défendait sa position athée rigoureusement. Mais moi, je ne fléchissais pas du tout, pas même d’un iota.

Ne montez pas sur vos grands chevaux!

Si je ne fléchissais pas, ce n’est pas une question de foi, pas directement ou entièrement en tout cas. C’est plutôt une volonté de rester le plus près possible de la meilleure version de moi-même comme amie, pour notre bien-être commun, pas seulement pour le mien mais pour le nôtre. Plus facile à dire qu’à faire.

Curieusement, la fureur de Timothy vient en partie de la procrastination spirituelle d’une autre amie. Lisa pratique le « Lâche prise, laisse Dieu agir »  aux limites de la folie. Elle en devient même une sorte d’extrémiste. Elle s’attend à ce que Dieu résolve ses problèmes. Selon elle, quoi qu’il arrive, il s’agit de la réponse de Dieu.  Cette interprétation de la foi est une tendance répandue dans la foire spirituelle que nous traversons. Je crois que c’est dangereux, insidieux et alarmant.

Pourquoi est-ce une tendance dangereuse et insidieuse?

Entre autres choses, parce que cette tendance cultive la peur de prendre de mauvaises décisions. Puis, elle transforme cette peur en une étrange foi paresseuse. Le genre de foi aveugle qui aboutit à une docilité consentante à presque n’importe quoi … si c’est la volonté de Dieu. Voyez-vous ce que je vois ici?

Deuxièmement, cette interprétation est dangereuse car elle prétend à une connaissance et une compréhension de la volonté de Dieu. Par conséquent, elle implique aussi qu’il y a une bonne foi, une bonne spiritualité, un bon style de vie, une bonne religion et un bon Dieu. Et ce Dieu que l’on croit comprendre, est placé au-dessus de tous les autres dieux. Ça ne peut pas être plus alarmant et inquiétant que ça.

La vitesse de Dieu ou quoi?

Il s’agit d’une logique refermée sur elle-même, comme une quadrature, un cercle dans un carré ou un carré dans un cercle… Il est pratiquement impossible d’avoir une conversation simple sur les défis de la vie, sur l’humanité ou sur la foi avec une personne verrouillée sur cette idée. Pourquoi donc?

Eh bien, selon cette logique, c’est toujours soit la volonté de Dieu ou le temps d’attendre la volonté de Dieu, ou encore le temps de laisser Dieu agir… Vous connaissez les expressions Dieu n’est jamais en retard ou encore à la vitesse de Dieu? Il ne reste rien d’autres à préciser, à discuter ou à comprendre. Tout est déjà pensé et peut-être même non-pensé, fatalement. Dans un tel système de croyance, tout le monde se sent impuissant comme une mouche prisonnière sous un verre tourné à l’envers sur la table.

En me basant sur mon expérience personnelle, l’impuissance n’est ni la foi, ni l’humilité. L’impuissance est douloureuse à l’os. Elle exploite la honte, les ressentiments et de manière très spécifique, la victimisation. Elle cultive la colère et pas vraiment notre responsabilité. Je suppose que cela pourrait expliquer comment tant de querelles religieuses ou spirituelles sont devenues hors de contrôle et pourquoi nous devons rester ouverts et vigilants.

Dieu n’est pas l’un de nous.

Après cette conversation difficile à propos de Dieu, de la bêtise humaine et de la religion, Timothy et moi sommes restés des amis. Nous avons passé le test. Cela aurait pu bien mal se passer.  Mais, nous sommes chanceux, ma puissance supérieure et son non-dieu ne se soucient pas d’avoir le monopole de la vérité. Nous nous soucions l’un de l’autre. Nous aimons la paix et la non-violence.

Don’t let God let go all of us.

Don’t let God let go all of us.

I met a good friend of mine last week. We usually share a common vision on spirituality. We both carry out our faith in a non-religious fashion. We recognize a source of life greater than ourselves. I believe in feeling connected or grounded to a web of energy and possibilities available everywhere and anywhere, all around us. In my spiritual realm, I let God be.

But last week, Timothy was disconnected from all of it. His disappointment was the main source powering his thoughts and his logic was tainted with steaming sadness. I listened without agreeing and soon enough, I stopped trying to bring him home, meaning back to himself. He just needed to lash out. Timothy is angry at the humankind and he is taking out his rage against God. I just know how it feels, I’ve been there, powerlessness usually makes me feel furious. So I just listened and practiced kindness to the best of my ability. I’ve asked him questions and reminded myself to be a friend above it all.

Even after a couple days, our conversation keeps me thinking. Timothy felt so deceived, betrayed and abandoned that he decided to deny the existence of God. Locked and loaded on that solution, he presented and defended his atheist position rigorously. But still, I would not flinch, not even an iota.

Don’t get on your high horses yet!

It’s not a question of faith, not directly or entirely anyway. It’s more about staying truthful to the best version of myself in this situation, for the common greater good which includes us, not just me. Easier said than done though.

Anyway one funny thing, Timothy’s fury comes in part from the spiritual procrastination of another friend. Lisa is practicing the “Let go, let God” to the edge of insanity which makes her act as a kind of extremist for that matter. She expects God to solve her problems. Whatever comes her way seems for her to be God’s answers. This interpretation of faith is a trend in the spiritual fair we live in. I believe it is dangerous, insidious and scary.

God’s speed or what?

Why do I think it’s a dangerous and insidious trend? For starter because it cultivates one’s fear to make bad decisions and then transforms thus fear in a peculiar sluggish faith. The kind of blinded faith that results in a docility ready to consent to almost anything… if it is God’s will. Do you see what I’m seeing here. It is as scary as it can get.

Secondly, it’s insidious because it pretends to a knowledge and to an understanding of God’s will. Therefore, it implies also there is one good faith, one good spirituality, one good lifestyle, one good religion and one good God: the One they think they understand placed above all the other gods.

It is also insidiously insane and scary because it’s very difficult to have a simple conversation about life’s challenges, about humankind or faith with a person locked and loaded on that premise. Why is that?

Well, according to this logic, it is always the will of God or time to wait for God’s will or to let God… You know God’s speed. Nothing more to be clarified, talked over or to be understood. In that belief system, everybody feels powerless like a fly stuck in an empty glass turned upside down on the table.

From my personal experience, powerlessness is neither faith or neither humility. It is painful to the core, it harnesses shame, resentments and in a very specific way, victimization. It makes us angry and not responsible really.  I guess this could explain how so many religious quibbles got out of control and why we must stay open and vigilant.

Do not let God let go all of us.

Timothy and I are still friends after this difficult conversation about God, humankind stupidity and religion. We passed the test. This could have gone so wrong. But lucky us, my Higher Power and his Non-God don’t care about righteousness. We care about each other. We love peace and non-violence.