Le scénario du bonheur parfait – Prise 1.

Je ne sais pas exactement comment c’est arrivé. J’imagine qu’un matin je me suis levée et que je n’étais plus vraiment Catherine. J’étais devenue un personnage secondaire dans un scénario complexe qui ne tenait pas réellement compte de moi. Tout s’était compliqué. Comme dans une histoire sans fin, j’étais prisonnière de mes journées et de mes nuits, de mes pensées et de tout ce que j’avais appris. J’étais convaincue que je n’avais plus d’autres choix : travailler et performer entourée de personnes qui ne m’aimaient pas vraiment et que tout compte fait je n’aimais pas non plus. Je vivrais dorénavant selon le dogme :

IL FAUT

  • Il faut aller au gym deux fois par semaine
  • Il faut performer au tennis
  • Il faut absolument se tenir en forme
  • Il faut se tenir au courant des dernières tendances du marché
  • Il faut garder à tout prix ce qu’on n’a pas encore payé
  • Il faut être souriant, poli, performant
  • Il faut faire ce qu’il faut

Il faut, il faut un bonheur parfait, il faut qu’on achète des nouveaux vélos, un nouveau BBQ, des meubles à patio, une tondeuse garantie à vie, une souffleuse garantie 10 ans, des poussettes avec amortisseurs 5e génération, il faut avoir l’air d’une page de magazine ! Papier glacé !

Un bonheur parfait et illustré

  • Il faut tout avoir avant qu’il ne soit trop tard,
  • Il faut des comptoirs de cuisine chauffants
  • Il faut que je parle à ma sœur pour Noel 2018
  • Il faut que j’aie la promotion
  • Il faut se faire voir aux multiples activités golf
  • Il faut que je travaille tous les soirs
  • Il faut que je me rappelle de la Game de soccer de mon petit dernier
  • Il faut que je dorme
  • Il faut que je prenne des cours de yogas, tout le monde en fait.

J’allais m’endetter pour le restant de mes jours :

  • Conjuguer le mot concession 24 heures sur 24
  • Avoir des enfants, une piscine, un chien et des réunions de famille
  • Un partenaire de vie, conjointement passif et obéissant
  • Une voiture 5 passagers
  • Survivre au-dessus de mes moyens
  • Devenir triste en cachette
  • Prendre des antidépresseurs pour ne rien sentir

Une petite voix intérieure murmurait de plus en plus régulièrement à ma conscience…c’est peut-être pas ça. C’est peut-être pas la seule option, il y a sûrement d’autres manières de vivre… Je… Le cadran ! C’est lundi matin, le déjeuner, les enfants, la course, la panique, l’angoisse…Merde… les poubelles, se maquiller sur les feux rouges, surtout arriver au boulot l’air décontractée, relax, détendre les muscles du front,  déplisser les paupières, relâcher les oreilles… Voilà, souriez, c’est parti ! Une autre semaine s’ajoute aux 416 autres semaines à oublier, à raturer du calendrier intitulé : J’existe. J’ai envie de vivre, je suis heureuse, je veux jouer !

Je ne sais pas exactement comment c’est arrivé mais voici ce que j’en sais aujourd’hui. Je me suis laissé convaincre que le bonheur se trouvait à l’extérieur de moi, dans les choses qui m’entourent. J’ai acheté l’idée que le bonheur avait un prix, un salaire, une décoration particulière, un genre de pantalon et de talons, une coupe de cheveu, un look. Bref, le bonheur était le résultat d’un copier-coller. Tout en devenant un cliché, j’avais perdu le goût sincère de m’amuser, de rire, de jouer. J’étais éteinte sous une liste de critères pour faire heureuse. Comment arrêter tout ça ? Comment sortir de l’engrenage sans tout foutre en l’air pour de bon ? Comment changer sans tout changer ? Comment trouver du temps pour penser à tout ça ?