Dans la boîte du scénario Prise 3.

En brossant mes dents je me disais que si je pouvais traverser cette journée sans trop réfléchir, sans trop vouloir changer le monde à commencer par le mien…tout irait bien. J’ai tout ce que je veux ou presque…alors pourquoi tout compliquer ?

-Peut-être parce que tu as moins envie de tout ça ?

-Ça ?

-Ça ! « …Tout ce que je veux ou presque… » C’est vivre dans une boîte tout petite, toute petite, écouter des mauvaises nouvelles dans une boîte que tu conduis matin et soir pour te rendre au travail et pour retourner à la maison. Ça, c’est du bruit pour t’empêcher de reconnaître ton silence. C’est se brancher devant une boîte à images haute définition sur des malheurs inventés pour te faire avaler que ta vie est satisfaisante. Ça, comme le sens commun qui nous borde au lit dans la vie d’une autre plus malheureuse et moins chanceuse.  Dans la boîte, tu vis une réalité limitée que tu regardes dans une autre réalité inventée par une autre réalité limitée. C’est comme des poupées russes mais dans notre conscience endormie. C’est comme toi que je vois dans le miroir.

-Toi ? Tu me vois? Non, je te vois dans le miroir. C’est moi!

J’essuie ma bouche, je saute dans ma chemise et mes talons moins hauts qu’à l’habitude, je me sens moins colossale, moins géante ce matin… le manque de sommeil sûrement. Un petit clin d’œil du regard, je boutonne, je suis heureuse, je mène la vie que je mène, je choisis ce que je choisis…les enfants dans la voiture. Allez hop, hop, hop !

‘…on vit on meure, zap en un éclair c’est fini, un tour de piste et la vie est ce qu’elle est, on ne l’a pas choisi, on fait avec ce qu’elle nous a offert…’ comme disait la vieille dame du documentaire. ‘Si j’avais eu à choisir, je serais devenue une grande voyageuse, j’aurais écrit des livres, je savais écrire tu sais…’’

Calcul mental rapide, si je travaille encore pendant 20 ans j’aurai accumulé assez de fonds de retraite pour vivre…et écrire un livre. Les enfants seront dans la vingtaine, aux études supérieures…Si je travaille encore pendant 25 ans…ça donne pas mal la même chose…

– Mathieu, arrête de tirer sur ma ceinture de sécurité ça me fait mal. Arrête de pousser avec tes pieds sur mon siège c’est désagréable, inconfortable. Arrêêêêêteeeeuh! –

Arrivés devant l’école, la cour déborde d’enfants soulagés de se retrouver avec leurs amis. Les miens n’y échappent pas, bonne journée à ce soir. Bye bye, sourires, bisous des yeux, ta boîte à lunch, ferme bien la portière. Je vous aime.

Nouveau calcul mental donc… Regard furtif dans le rétroviseur, en me croisant du regard, je remarque que nous ne sommes pas les meilleures amies du monde. C’est un peu surprenant. Un deuxième coup d’œil confirme que nous ne sommes pas de réelles ennemies non plus. Depuis quand?

Solution : Se maquiller sans se regarder dans les yeux pour éviter le malaise et de toute manière je conduis. Nous ne sommes plus d’accord et c’est bien la première fois que j’en prends vraiment conscience.

Comment ai-je fait pour être en désaccord avec moi-même ?  Et depuis quand sommes-nous deux ? Il y a celle que je suis devenue par la force des choses mais l’autre ?