« Quand l’amour a retenu son souffle, la lumière brouille tout et l’obscurité nous étouffe… »

Attendre d’être aimée dans la lumière du matin, attendre des bras tendres, une chaude enveloppe autour des hanches, attendre que des baisers se déposent sur notre front, sur notre cou, attendre que des lèvres gourmandes se déposent sur notre joue, attendre que l’amour nous regarde dans les yeux et nous demande de rester encore un peu, emmitouflée contre les battements de son cœur.

Attendre que l’on me nourrisse, attendre qu’ils reviennent, qu’ils me reprennent. Attendre qu’ils me choisissent. Attendre la remontée. Retenir mon souffle, la culpabilité, la honte, la solitude déformée du verre.

Attendre les battements d’un autre cœur. Attendre la brise de son souffle sur ma tête en chamaille.

J’ai pleuré, crié pour ne pas mourir de quarantaine. J’ai attendu qu’ils me souhaitent la bienvenue dans ce nouveau monde bataillé, j’ai attendu la vérité, j’ai attendu des mots consolateurs, réparateurs, j’ai attendu des paroles séduites, j’ai attendu seule, abandonnée combattante.

J’ai attendu que des mains fondent sur la peau fragile de mon dos, que des sourires estiment les escarpements de ma destinée. J’ai attendu dans la lumière du petit matin. J’ai attendu le pardon de ma naissance, de ma survivance.

Je suis demeurée invisible, parfaitement effacée, j’ai marché sur la pointe des pieds. Je ne voulais surtout pas que l’on remarque ma présence, j’étais joyeuse, heureuse gaie légère. Insouciante.

Je ne regardais pas encore au-dessus de mon épaule, je virevoltais avec l’air du temps, le passé n’existait pas plus que demain, je goûtais l’expérience de la vie terrestre, je respirais ce qui se trouvait là, au bout de mes bras autour de moi, sans jugement, sans autre volonté que de prendre ; j’étais ici, partout et jamais ailleurs…

J’existais avant toi, avant eux, avant vous.  J’étais là. Je suis ici. Vivante.