Plus je trouvais des solutions plus je manquais de temps et plus mon agenda se remplissait d’activités incontournables et pas du tout reposantes. Tout allait toujours trop vite, les lunchs du midi, l’épicerie, le souper, les devoirs. Il me semblait que j’arrivais à peine à mettre un pied devant l’autre et encore moins à m’engager dans une conversation profonde avec qui que ce soit au sujet de mes choix de carrières ou de vie.

Je me couchais les crocs sortis et je me levais la mâchoire barrée. Tout le monde n’avait plus qu’à se tenir bien droit à commencer par moi ! Mes pensées formaient un vortex de plus en plus brouillons que je n’arrivais plus à arrêter.

À peu près tout me dérangeait, les patrons au boulot, les enfants, le mari, les copines… j’étais préoccupée, je n’étais plus disposée à négocier avec le monde extérieur. Survie oblige, je me repliais dans mes derniers retranchements en espérant que ça passerait une fois de plus. La déconnexion entre mon cœur et mes pensées était de plus en imminente, cette solution représentait à mon avis une porte de sortie honorable. C’est ce que nous définissons habituellement comme un burnout voire épuisement professionnel.

Épuisement de quoi ? Épuisée de mener la vie que j’avais choisie ? Ben oui ! C’est bête comme ça ! Je voulais bien assumer mes choix et mes décisions mais je ne pouvais pas oublier l’autre vie dont j’avais toujours rêvé secrètement.

Dans les bouchons de circulation entre la liste de cadeaux de Noël et les appels pour trouver une nouvelle gardienne, je me projetais dans une autre vie décorée de sérénité, de calme, de paix, d’une sexualité zen et tantrique, de lits défaits et d’odeur d’océan pacifique et de bambou, d’enfants barbouillés de soleil et de sourires contentés, de nourriture saine, de voyages et de découvertes, de bienveillance humanitaire, d’écriture, de musique. De Liberté.

Ma liberté. Voilà, je n’avais pas fait le deuil de Ma liberté. J’en avais choisi une qui n’en était pas une, pour faire un peu semblant que je n’abandonnais pas le navire de mes rêves et de mes désirs.

Bien entendu, je me sentais coupable et honteuse. J’entendais déjà le discours de mon père, de mes collègues qui sous-entendrait encore la même chose : Nous ne sommes plus des adolescents, ni de jeunes adultes en quête de leurs identités. Nous sommes des Adultes catégorie 3A, la crème des citoyens bons et responsables et productifs. Autonomes. Actifs. Acceptables.

Comment une femme de mon âge, devenue mère, pouvait-elle se laisser aller à parler de liberté en ces termes ? C’était impensable ! C’était effectivement inconcevable, je souhaitais de plus en plus me soustraire à cette manière de penser, j’étouffais en souriant. Je ne m’identifiais plus vraiment à ce qui m’avait tant séduite quelques années auparavant. Je commençais à redouter les mardis matins aussi.

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